Mon histoire

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L’important
est de toujours avancer

Je suis née le 26 août 1935 à six heures à La Loupe dans le département d’Eure-et-Loir, en région Centre-Val de Loire.

par Joséphine Taillandier

En 1938, je suis entrée à l’école Notre Dame des Fleurs, en maternelle. En 1940, arrivait dans ma classe Christiane Stévaux, la sœur d’Annick. Elle avait le même âge que moi. Sa mère était institutrice dans cette école et nos pères étaient de très bons copains. De chez moi, pour aller chez eux, en passant par derrière, par l’abattoir, il n’y avait que deux cents mètres. Après l’école, j’allais faire mes devoirs chez elle. Sa mère, d’origine bretonne, nous préparait des tartines de pain au beurre salé. Je revois très bien la meule de beurre posée sur la table. C’était très inhabituel pour moi. Je jouais souvent avec Christiane, notamment au fond du jardin, avec un autre copain de classe, Jean De Gryse. Je me souviens qu’une fois, nous avions trouvé un oiseau mort. Nous l’avions enterré au fond du jardin et posé une croix sur sa tombe.

 

C’était l’époque des bons souvenirs, avant que mon enfance ne devienne chaotique ! Je n’ai réellement commencé à vivre qu’à l’âge de seize ans. Avant, ma vie est décousue et emplie de mauvais souvenirs.

 

Le 8 septembre 1939, je n’avais que quatre ans lorsque mon père fut mobilisé pour la Seconde Guerre mondiale. Trop jeune, je garde peu de souvenirs de la période qui a précédé son départ. Je me souviens d’un jour où mon institutrice de maternelle, Mme Hélène, m’avait menacée de m’enfermer dans le placard, avec les araignées, parce que j’avais malencontreusement fait pipi dans ma culotte.

Je me rappelle aussi vaguement avoir accompagné mon père en voiture à Bagnoles de l’Orne pour une foire où il vendait ses spécialités comme les andouilles et terrines. Ce jour-là m’a marqué parce qu’un terrible orage avait obligé mon père à plier très rapidement son étal. Au-dessus de notre petite bâche rouge et blanche, des fils électriques parcourus d’étincelles se faisaient menaçants.

« Mon père fut fait prisonnier et retenu au groupe sanitaire à Châlons-sur-Marne. Il officia ensuite comme infirmier à l’hôpital d’Issy-les-Moulineaux. »

En 1940, notre village, comme beaucoup d’autres, connut l’exode. La population fuyait les Allemands qui avançaient vers la ville et dans la confusion générale, notre voiture nous fut volée. En juin, des avions italiens détruisirent plusieurs maisons de la rue de Châteaudun.

 

Ma mère et moi sommes parties à La Pêcherie, chez ma tante Colombe, la sœur de mon père, qui habitait la ferme de mon grand-père Met. Il y avait beaucoup de volailles de toutes sortes. Si bien que les Allemands venaient s’y ravitailler. Un jour que je me trouvais à l’entrée d’un pré, j’ai entendu un grand bruit et vu un petit avion me foncer dessus. Le petit appareil allemand se posa dans le pré. J’eus si peur que je détalais en courant. Mais dans ma fuite, je me pris les pieds dans un chariot et me fracturai le fémur. Les Allemands qui m’avaient vu tomber m’ont emmenée à l’hôpital de Chartres. Je me souviens encore du trajet en ambulance, des secousses et du bruit infernal sur le chemin chaotique.

À son retour, mon père a rouvert le café-restaurant et la charcuterie dans laquelle il a fait de nombreux travaux, comme la rénovation du laboratoire et l’installation des fumoirs. Mon père travaillait énormément. Il se levait à quatre heures trente tous les matins et ne terminait sa journée que tard le soir. À la fin du déjeuner, je l’ai souvent vu poser sa tête sur ses mains et dormir un moment avant de reprendre le travail. Le soir, parfois, il retournait au laboratoire. Il trouvait encore le temps de s’occuper des potagers, d’élever des lapins pour ses terrines et quelques porcs que nous nourrissions quelque temps avec les eaux grasses et du son, avant de les abattre. Il sciait aussi du bois pour alimenter l’énorme cuisinière à plusieurs foyers du laboratoire et celle plus modeste de la cuisine de ma mère. Il y faisait cuire les rillettes, les terrines et autres spécialités charcutières.


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